Un morceau de notre histoire
Monsieur le rédacteur en chef,
Permettez moi d’avoir recourt aux colonnes de votre estimable journal pour répondre à la lettre parut le 07 courant et signer : « un de vos lecteurs ». Ce lecteur qui se dit non intéressé à la question doit cependant y avoir un grand intérêt. Nous n’avons pas à nous intéresser à Messieurs les représentants du commerce maritime, ces Messieurs ne nous embauchent pas pour faire leur travail, puisqu’ils le confient à Messieurs les Entrepreneurs, donc toute discussion d’intérêt possible qu’entre entrepreneurs et ouvriers.
Si les ouvriers réclament aujourd’hui la demi-journée de 6 H 00 c’est qu’ils savent parfaitement que Messieurs les entrepreneurs n’ont pas diminués leurs prix vis-à-vis du commerce maritime depuis l’année dernière et que ces Messieurs ont diminués le salaire de l’ouvrier, au moment ou Le Havre subissait cette crise cholérique qui à sévi malheureusement si longtemps.
Nous ferons remarquer à votre lecteur qu’à Dunkerque, une grande partie des ouvriers du port travaillent en société. Tant qu’à Anvers qui est en pays étranger, nous n’avons pas à nous en préoccuper, nous savons parfaitement, aussi bien que le lecteur, qu’Anvers est une ville concurrente au Havre. A Rouen, il existe une catégorie d’ouvriers qu’il ne faut pas confondre avec ceux du Havre, les ouvriers à Rouen, lorsqu’ils sont sans travail sont assistés par la municipalité.
Votre lecteur nous fait remarquer que les heures de travail sont très courte, mais permettez nous de lui dire que cela à toujours existé, dans les conditions actuelles. Avant le règlement de la chambre de commerce, il était d’usage de commencer le travail au commencement du jour pour finir à la nuit tombante dans la saison ou nous sommes.
Sur le point capricieux du départ des navires, nous ferons observer à votre lecteur qu’un navire sur le point de partir, l’entrepreneur au lieu d’embaucher 3 ou 4 bordées d’ouvriers n’emploi que le nombre d’ouvriers qui lui est nécessaire pour terminer son travail et s’il reste du temps à faire sur la demi-journée l’entrepreneur trouve toujours du travail pour occuper ces ouvriers jusqu’à la fin de la demi-journée, par conséquent, pas de pertes subis par les entrepreneurs.
Quant au travail à l’heure, cela n’a jamais existé sur le port du Havre et soyez convaincu, les ouvriers du port n’y consentiront jamais.
Permettez nous, Monsieur le rédacteur de relever l’oubli que vous pensez que nous ayons omis, nous n’avons pas à nous préserver des conséquences qui pourrait éloigner les navires du port du Havre, ceci n’est pas de notre compétence, et si l’on voulait nous fournir un travail assidu, nous pourrions, peut être, être conciliants, mais avec les conditions actuelles d’existences, je crois, Monsieur le rédacteur, que nos demandes ne sont pas exagérées.
Veuillez agrée Monsieur le rédacteur, l’expression de mes sentiments les plus distingués.
Pour la chambre syndicale,
Le Secrétaire, Le président.
Au Havre, Le 09 Décembre 1892
Camarades,
déjà, peu après la création de notre Syndicat en 1892, de courageux inconnus s'exprimaient dans les médias sans hésiter à scander des affirmations sur notre métier qu'ils ne connaissent manifestement pas. Ce courrier, d'il y a 119 ans, n'est pas si éloigner de notre actualité.
Salut fraternel et syndicaliste.
